Slavery, The Game : utiliser le marketing viral pour réveiller les consciences

La chaîne néerlandaise NTR met en lumière un chapitre effroyable de l’Histoire et l’esclavage moderne

Visuel du faux jeu Slavery The Game
Slavery, The Game, publicité virale pour un documentaire sur l’esclavage
Hilversum (Pays-Bas), le 7 septembre 2011 – Lancé le 1er septembre, le teaser du jeu controversé « Slavery The Game » est en réalité une publicité virale. Le teaser montre comment des joueurs pourraient vendre des esclaves, conquérir des pays, choisir leurs moyens de torture et même personnaliser le fer pour marquer leurs esclaves.
Il a été annoncé aujourd’hui que le fameux teaser était fictif. Le but de la manoeuvre est, premièrement, de confronter les gens à un chapitre important, et pourtant souvent négligé de l’histoire. Le second but est de faire prendre conscience au public de l’existence de l’esclavage moderne. A partir du dimanche 18 septembre, la chaîne NTR propose une nouvelle série télévisée: « De Slavernij » (en français, « L’Esclavage »). Cette série au titre explicite présente l’esclavage à travers des situations inspirées d’un passé encore vague, mais aussi du présent.
Pour la torture, que choisir ? Le fouet ?

Indignation et débat

Le teaser fictif est une création de Javelin Reds, anagramme de « De Slavernij », « esclavage » en néerlandais. Le teaser montre comment des joueurs pourraient « se mettre au travail ». On y voit des scènes du supposé jeu, dans lesquelles les joueurs pourraient choisir l’arme avec laquelle ils souhaitent torturer leurs esclaves, le modèle de fer avec lequel ils souhaitent les marquer, et comment les vendre dans le monde entier. Carla Boos,  éditrice en chef de NTR*, explique la campagne: « Il était aucunement dans nos intentions d’heurter le public avec ce teaser.  Nous avons choisi cette approche pour la conscience soit éveillée au maximum sur le sujet de l’esclavage en général. Il ne s’agit pas uniquement du commerce triangulaire mais aussi de l’esclavage tels qu’il existe aujourd’hui« .

Logo du documentaire De Slavernij
Confronter les gens à un chapitre important, et pourtant souvent négligé de l’histoire, et faire prendre conscience au public de l’existence de l’esclavage moderne

De nombreuses personnes dans le monde entier ont réagi : le teaser du jeu a suscité une vive indignation et donné lieu à des vives discussions sur le net. Dès sa diffusion, le 1er septembre, la vidéo a comme mis le feu à la toile, des médias sociaux aux blogs en passant par les sites web. Le sujet a été évoqué sur des chaînes radio et télé du monde entier. La vidéo a été visionnée plus de 400 000 fois sur Youtube. Des posts sur ce sujet à controverse ont été écrits sur des centaines de sites web et de blogs. « C’est bien de voir qu’une vidéo comme celle-ci suscite autant de réaction. Cela montre bien à quel point les gens s’intéressent au sujet de l’esclavage », affirme Carla Boos.

Des "esclaves modernes" dans une fabrique de briques à Uttar Pradesh
Des « esclaves modernes » déjeunant sur leur lieu de travail, une fabrique de briques à Uttar Pradesh

Des micro-trottoirs mettent en évidence le fait que les néerlandais ont pleinement conscience de l’esclavage dans l’Histoire de leur pays. Aussi, ils ne se rendent pas compte du statu quo qui est maintenu dans le reste du monde par rapport à ce sujet. Le but de la publicité virale était donc d’attirer l’attention sur le fait que les autres pays d’Europe ont aussi leur part dans l’Histoire, qui concerne le monde entier. Le but second était de souligner le fait que l’esclavage existe encore. L’esclavage moderne, ce sont près de 27 millions de personnes qui, dans le monde entier, sont aujourd’hui traitées comme des esclaves… et ce, même au Pays-Bas.

La série télé « De Slavernij »

« De Slavernij » est une série historique (ndlr: comme les Tudors) qui montre ce qui est probablement le chapitre le plus vague et le plus occulté de l’Histoire : l’implication des Pays-Bas et du reste de l’Europe dans la traite négrière transatlantique. Les présentateurs néerlandais Daphne Bunskoek et Roué Verver accompagnent, pendant 5 épisodes, le téléspectateur dans des périodes sombres du passé (et du présent). Daphne Bunskoek retrace l’histoire de l’esclavage d’une façon forte, alors que Roué Verveer, originaire du Suriname, nous raconte une histoire personnelle. Il remonte même dans ses propres racines pour faire le lien avec l’esclavage. La série retrace l’esclavage tel qu’il est vu par la plupart des gens. Elle s’appuie sur des dossiers personnels, des journaux intimes, des documents d’archive et des échanges avec des rescapés. « De Slavernij » sera diffusé tous les dimanches à partir du 18 septembre 2011 sur Nederland 2 (chaîne nationale néerlandaise), à 20h10, heure locale.

Illustration de la traite des noirs
De Slavernij, une série qui montre ce qui est probablement le chapitre le plus vague et le plus occulté de l’Histoire

En parallèle, une « version pour enfant » de la série historique sera également diffusée: « De Slavernij Junior« , présenté par Lisa Wade. Cette série destinée aux enfants présente elle aussi le commerce triangulaire et l’esclavage moderne, et notamment le travail des enfants qui existe encore au Bénin et au Bangladesh, entre autres. La série « De Slavernij Junior » sera diffusée à partir du 18 septembre, tous les dimanches à 18h15 (heure locale) sur Z@PP, la chaîne destinée aux enfants. Sur le site de la série « De Slavernij », les enfants peuvent participer à un jeu éducatif dans lequel ils en apprennent davantage sur l’esclavage moderne.

*NTR est une chaîne publique qui traite essentiellement de l’information, la culture et l’éducation.

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Author Réana K.

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