Rencontre avec la chanteuse Mme Sow au Caffé Créole

Mme Sow, jeune artiste soul/rnb française a sorti son 1er EP « Moonriding » le vendredi 24 juin dernier. Il a très vite été numéro 3 du classement de la même catégorie sur iTunes le jour suivant. La chanteuse Mme Sow fait partie du label Palace prod créé par A2h (rappeur français). Elle y est la seule chanteuse et a déjà collaboré sur les projets du rappeur.

Mme Sow, une artiste authentique, une chanteuse rêveuse

Son premier projet Moonriding est composé de 7 titres, chantés en français, en anglais et en créole, les trois langues dans lesquelles elle a baigné. Il est teinté des diverses influences musicales dont elle s’est toujours inspirée (soul, Rnb, hip hop, musique caribéenne, etc.). Son projet « Moonriding » raconte ses histoires, ses amours, sa passion pour ses amis, sa famille… Les productions musicales sont autant soul qu’RnB, autant Trap qu’afro-traditionnelles.

Partons à la découverte de cette belle artiste, autour d’une table du Caffé Créole à Paris, pour parler d’elle et de son projet.

Où l’écouter ? http://www.musicme.com/Mme-Sow/albums/Moonriding-3614599214617.html

Une ‘Moonrideuse internationale’

La chanteuse Mme Sow, une Moonrideuse internationale

RK : Alors dis-moi. Comment tu te présentes toi ?

Mme Sow : Bonne question ! Je dirais que je suis une bonne vivante, une amoureuse de la vie, une moonrideuse ! C’est-à-dire que j’aime bien faire les choses que j’aime faire, et j’aime bien aimer faire ces choses-là.

Je suis aussi chanteuse, oui. Mais avant d’être chanteuse, je pense que je suis parolière : j’aime bien écrire, j’aime les mots. C’est ce que je préfère, d’ailleurs, dans la musique et son process. Avant même les séances d’enregistrement au studio, ou chanter : j’adore écrire les paroles.

Je pense aussi que je suis une artiste parce que j’aime bien créer, j’aime bien rêver.

Mais je suis surtout un humain quoi, sans faire de fantaisie.

Après culturellement, j’ai tendance à dire que je suis née américaine, j’ai été élevée haïtienne et j’ai appris à être française. Ca fait de moi un petit mélange de beaucoup de choses parfois diamétralement opposées. On a beau les appeler « l’Occident », les Etats-Unis et la France c’est tellement pas pareil. Et je pense que j’ai pris des deux. Quand je suis dans un pays l’autre me manque. Et quand je suis dans l’autre, le précédent me manque. Mais je pense qu’avant tout je suis haïtienne, caribéenne complètement. Musicalement parlant, gastronomiquement parlant, dans ma manière de vivre aussi, dans mes valeurs. Je pense que je m’en suis rendue compte avec les années en grandissant, etc. Je parle davantage créole aujourd’hui, par exemple. Avec ma mère, je parle français. A ma tante (qui est haïtienne et qui comprend l’anglais et le français), je parle en créole. Mon père, ça ne me gêne pas du tout non plus de lui parler en créole, même si ça n’arrive que rarement.

Donc pour résumé je dirais que je suis une femme rêveuse, une moonrideuse, une artiste parolière, écrivain d’abord, ensuite chanteuse, et puis… internationale ! Un melting pot.

 

RK : Du coup, plutôt que de te demander seulement depuis quand tu chantes, je devrais te demander depuis quand tu écris et chantes !

Mme Sow : C’est marrant parce que j’ai commencé à écrire bien plus tard que la date à laquelle j’ai commencé à chanter. Je pense que j’ai commencé à chanter à 8 ans. Ca faisait deux ans que j’étais au conservatoire. Mes parents m’ont inscrit à la chorale. La chorale, ça t’apprend à chanter dans le sens où ça t’apprend à écouter pour pouvoir chanter avec les autres. Je n’ai jamais pris de cours de chant particulier et je pense que ce serait pas un moindre mal. Tu sais, parfois j’ai l’impression de ne pas pouvoir chanter certaines chansons et quand je suis dans le feu du truc et que j’écoute une de ces chansons à la radio, je me rends compte que j’ai atteint cette fameuse note que je ne pensais pas pouvoir atteindre. Là, je me dis que c’est une question d’entraînement et que des cours de chant ne me feraient pas de mal.
J’ai commencé à écrire quand ma mère m’a donné mon premier agenda intime. J’étais en CM2. Il m’a suivi tout le collège. Je n’écrivais pas encore de chansons dedans, mais j’écrivais. Je ne faisais pas que raconter mes journées : j’avais envie de partager ces histoires-là avec des gens, et j’aimais bien que les gens lisent ces histoires que j’écrivais comme des romances ou de la prose. Après à 10 ans forcément, c’est pas toujours ouf ce qu’on écrit ! Mais j’ai toujours eu un truc avec les mots. Et j’ai toujours aimé lire et forcément quand tu lis, tu apprends du vocable, tu apprends à t’exprimer… etc.

J’écris tout le temps. C’est ma 1ère passion…

RK : Tu préfères écrire en français ou en anglais ?

Mme Sow : Je trouve le français beaucoup plus beau, de manière générale. Mais en chanson je trouve que l’anglais passe beaucoup mieux. Si je devais écrire un bouquin, je ne me verrais pas du tout l’écrire en anglais. Je pense que les émotions narrées passent plus en français, et chantées elles passent mieux en anglais. Après y pas de règle ; y a plein de gens qui ne pensent certainement pas comme moi.

RK : Donc, tu préfères écrire tes chansons en anglais, tu as un parcours riche en influences, tu as grandi aux Etats-Unis…

Mme Sow : Je n’ai pas grandi aux Etats-Unis. En fait, j’y suis restée à peine 2 ans. Je suis née aux Etats-Unis et à deux ans ma mère s’est ré-installée en France, à Cergy Pontoise, puis à la Courneuve où j’ai grandi.

Pour mon parcours, mon père est un mélomane. Il écoute beaucoup de musique. Quand on revenait de la messe obligatoire du dimanche haha, on mangeait tous ensemble et après avoir mangé, musique à fond et tout le monde dansait. On écoutait franchement de tout. J’ai beaucoup écouté Kool & The Gang, Michael Jackson, Nelson Ned, beaucoup beaucoup de salsa etc. Quand on était petites c’était Tabou combo, tous les albums, tous les dimanches, à fond. On n’aimait pas tellement quand on était petits. Nous, on écoutait du « 1,73m , 62 kilos… ». Donc quand ton père te met du Tabou Combo, t’as envie de lui dire de se mettre à jour ! Mais l’amour des racines revient après. Avec le temps, je me suis réapproprié cette culture. D’ailleurs, c’est à la même période que j’ai appris les racines vaudous haïtiennes, la musique vaudou, les musiques traditionnelles haïtiennes, puis le zouk, le kompa, le gwoka, le calypso, le dancehall, le reggae (ma musique de cœur, d’ailleurs) etc.

A propos de « Moonriding »

Moonriding, l'EP de Mme Sow

RK : Et si tu devais accompagner quelqu’un à travers ton EP « Moonridin » pour lui montrer ta musique, comment tu lui montrerais où sont tes influences dedans (dans les instrus, dans les paroles, etc.) ?

Mme Sow : Je pense que tu reconnais beaucoup d’où je viens dans les instrus ; il y a de tout ce qui pourrait finalement me décrire.

Dans Lova, Lova, c’est un peu piano-voix. Je suis fan d’Alicia Keys et cette chanson me fait beaucoup penser à ce qu’aurait pu m’inspirer Alicia Keys.

Ambassadeur du Love, c’est mon côté ‘j’aime bien le rap et le r’n’b français’. Je l’ai écrite en français d’ailleurs cette chanson. Un peu coquine. C’est marrant parce que la prod est très cain-ri dans le style mais le flow en général est très français. Après les paroles, même si elles sont en français, elles ont ce côté lubrique que tu ne trouves pas forcément dans les chansons françaises et que tu trouves plutôt dans le RnB de Beyoncé ou d’autres artistes soul Rnb américaines.

Man of your Stand c’est mon petit côté Destiny’s Child, un peu gospel, un peu negro-spiritual. J’avoue qu’avec Slay (ma sœur), on s’est amusées sur les chœurs à balle. J’ai rajouté une partie spoken words écrite par une amie à moi, parce que j’aime beaucoup la poésie, notamment tout le travail incroyable de Jill Scott.

Best for Me, c’est mon petit côté Riri. Un son pour clubber. C’est la seule chanson, je trouve, qui aurait pu se retrouver dans un autre projet parce qu’elle ne ressemble à aucune des autres chansons de l’EP. Elle est assez trap dans la sonorité, là où les autres sont plutôt soul et RnB. Elle est un peu bizarre : je ne chante pas vraiment, je toast un peu (ndlr: parlant ou chantant généralement de façon monotone sur un rythme). C’est un peu spécial. Moi je l’aime beaucoup.

Après tu as Riding to the Moon, c’est mon côté soul et peut-être encore Alicia Keys, même si ce n’est pas tout à fait son univers. C’est la première que j’ai écrite donc elle a une valeur sentimentale pour moi.

Et pour Papa Loco… Je ne pouvais pas sortir un projet sans faire un petit coucou à mes racines. Bon, on va pas se mentir, le vaudou c’est assez controversé. Y en a beaucoup qui vont te dire « Oulala. C’est que du mal. Tout ceux qui touchent à ça, c’est des méchants, c’est des vautours. » Ce qui n’est pas totalement faux mais qui n’est surtout pas du tout le reflet de la réalité du vaudou. Les gens confondent souvent vaudou et magie noire. Le vaudou, c’est une religion. Après, et c’est encore plus intéressant, tu as aussi le côté historique du vaudou. Il n’est pas venu de nulle part !

Le vaudou vient d’Afrique où il a un autre nom (pas qu’un d’ailleurs). Il est aussi au Brésil, il est aussi à Cuba… Et il faut s’interroger aussi sur pourquoi il existe en fait. Il existe notamment parce que les esclaves en avaient fait leur exutoire. Le vaudou c’est de la musique, de la danse, des chorégraphies, des cérémonies pour louer les esprits qui les libèreraient des chaînes de l’esclavage. Chaque esprit a un rôle, un nom, une couleur,… C’est super intense.

Que tu y crois ou non. Moi j’y crois personnellement. Et quand je prie (parce que je suis aussi catholique), je me rends compte que je ne prie plus forcément Jésus, la vierge Marie, etc. Je pense que je prie aussi les esprits, qui du coup ont tous une équivalence chez les saints. Saint Joseph, c’est Papa Loco, et du coup cette chanson c’est une petite ode pour dire je suis haïtienne, je ne l’ai pas oublié, je peux chanter aussi en créole, et je ne renie pas mes racines.

Je crois que c’est une des chansons préférées par ceux qui ont écouté l’album… alors qu’il n’y a pas d’instru, qu’elle est en créole et qu’elle est totalement différente de ce qu’on entend en allumant la radio. Après c’est vrai que les chansons vaudous ont ce petit côté comptine que tu as envie de connaître et t’approprier. Je ne sais pas qui a inventé ces mélodies mais celle-là est vraiment belle. C’est ma préférée parmi les chansons vaudous que je connais.

Forte de ses multiples cultures

Mme Sow, une chanteuse forte de ses cultures

RK: Donc tu es entre plusieurs cultures et j’ai l’impression que tu vis super bien le parcours que tu as eu.

Mme Sow : Haha, oui ! Je pense qu’on a déjà assez de problèmes pour s’en rajouter avec des « Alors je suis française ? Je suis américaine ?  Ou je suis haïtienne ? » Non, déjà ma prochaine question, ce sera comment je vais payer mes impôts et ma taxe d’habitation !

Je crois qu’à un moment donné, je me suis dit « Pourquoi j’ai ce passeport américain ? » puisque finalement je vis en France. Puis je suis allée vivre aux Etats-Unis, et là je me suis rendue compte que c’était une richesse de pouvoir traverser les océans sans se soucier de la paperasse. Je n’ai jamais été à Haïti mais je pense que des trois influences, je suis plus haïtienne. Je vis comme une occidentale mais je me sens humainement plus proche de la Terre que du libéralisme… comme la vie qu’on mène ici.

RK : Et tu sais que tu es plus proche d’Haïti parce que tes parents t’ont beaucoup parlé d’Haïti ?

Mme Sow : Mon père en parle tout le temps. Mais c’est surtout culturellement (la manière de vivre, la manière de penser, comment je vais élever mes enfants). Moi j’ai plein d’amis de plein de cultures différentes, et je me rends compte que la manière dont moi j’ai été élevée, la manière dont je compte élever mes enfants, ce n’est ni la manière américaine, ni la française. Pour l’éducation, je me retrouve plus dans une copine afrodescendante que dans une copine franco-française. Et je pense que la culture n’est pas forcément liée à la géographie. Pour moi, elle se transmet aussi par l’éducation, la musique, etc.

D’Haïti, j’ai une très belle image. Déjà c’est la première République noire. Je suis vraiment fière d’être descendante d’Haïti. Après, je trouve ça triste qu’à chaque fois qu’on entend parler d’Haïti à la télé, c’est parce qu’il y a eu encore une catastrophe climatique. Mais j’ai une belle image d’Haïti. Toutes mes cousines, mes amis ou ma famille qui y ont été m’ont dit que les haïtiens étaient supers, que tu y fais la fête comme jamais, tu manges super bien, que la vie n’y est pas chère, que les plages sont magnifiques. J’ai trop hâte de voir mon pays. J’ai vraiment peur d’y aller et de ne plus jamais vouloir revenir. Vraiment. Je prends le temps de planifier mon départ, parce que je veux en profiter, et tout voir.

RK: On a parlé de ton background, on a parlé du présent. C’est quoi tes projets pour le futur ? Visiter Haïti et t’y installer ! Et sinon ?

Mme Sow : Visiter Haïti c’est sûr, peut-être même l’été prochain. Je quitterai peut-être la France à un moment. Je me dis que j’avais beaucoup construit ici, et que l’envie me prend maintenant de construire aussi là-bas, aux Etats-Unis. J’y ai vécu 9 mois ; c’était un stage de fin d’étude, à Miami (qui n’est pas vraiment représentatif des Etats-Unis). New York ce serait le terrain géographique. Rien de planifié ceci dit.

Je ne compte pas arrêter la musique. C’est vraiment mon exutoire. Du coup, je vais me remettre à l’écriture, me remettre à la composition, me remettre au piano, et sortir un nouveau projet je pense en 2018, idéalement.

RK : C’est un projet que tu finaliserais aux Etats-Unis ?

Mme Sow : Soit j’écris là-bas et je reviens en France pour enregistrer, soit comme je quitte mon travail, j’en profite pour faire autre chose. J’aurai du temps et rien pour m’empêcher d’avancer, pourquoi ne pas en profiter pour chercher une maison de disque, un label indépendant, etc. J’avais aussi pensé à écrire pour des artistes, ou composer. D’ici là, j’aimerais bien sortir un mini-projet digital de 6 ou 7 titres de musiques vaudou a capella (pas d’instruments, pas de tambours, juste ma voix, la voix de ma sœur, la voix de mon frère). Papa Loco a vraiment été appréciée comme ça, et ça me donne envie de faire un projet avec des de jolies harmos. Doux, reposant et différent. Je suis sûre que ça peut le faire. Et bien sûr gratuit, et dispo en ligne.

RK : Du coup, qu’est-ce que les lecteurs et lectrices du blog et moi pouvons te souhaiter pour tes projets futurs ou pour le présent ?

Mme Sow : La même chose que je souhaite aux lecteurs, à toi, ainsi qu’au blog ProudPeople et à tout le monde : le meilleur, d’être heureux, de créer davantage, de persister, d’y croire. J’ai des collègues et des amis qui ont un travail et rien d’autre à côté. Je pense que cette vie-là me rendrait malade. Je suis contente de pouvoir me retourner vers la musique quand mon job me prend la tête : je sais que je peux chanter, que je peux écrire, que je peux écouter ma musique, que je peux être chef de projet. J’aime bien ce côté schizophrène en quelque sorte : tu te lasses d’un truc, tu peux te retourner sur un autre.

Souhaitons-nous d’être heureux et de faire ce qu’on aime faire et d’aimer faire ce qu’on fait. C’est super important. Et puis de partager tout ça avec les gens qu’on aime. Quoi de mieux ?

Conclusion

Interview avec la chanteuse Mme Sow au Caffé Créole à Paris

Merci beaucoup Mme Sow pour cette première interview. C’est un très bel album avec de belles instrus, de belles voix, le tout dans un univers bien riche dans lequel on retrouve toutes tes influences. C’est aussi un bel accomplissement pour une artiste vraie et généreuse. J’espère vraiment que Moonriding t’amènera loin. Et de toute façon, « on se suit » !

Vous voulez mieux connaître Mme Sow ?

Author Réana K.

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