Naturels, défrisés, tressés, rasés : ce ne sont que des cheveux !

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Un post de Janelle Harris sur Essence.com

Pour nous, les femmes noires, les cheveux sont un sujet très sérieux. Où je veux en venir ?

Photo du mannequin angolais Maria Borges
On peut vouloir avoir les cheveux lisses sans que ce soit le signe qu’on rejette ce qu’on est

Certaines iraient jusqu’au Brésil voir les plus belles plages du monde, mais ne mettraient jamais un pied dans un stade de peur que leur coiffure soit remuée par une ola. D’autres pourraient regarder un pasteur de travers après qu’il ait oint leurs cheveux d’huile sacré, ruinant ainsi une coupe parfaite, même au nom de Jésus. D’autres encore seraient prêtes à se passer d’électricité, de sexe, à se caler avec une pile d’oreillers pour pouvoir dormir debout et à éviter tout exercice, tout ça pour que leur coupe ne bouge pas d’un poil. Soit.

Cela étant, ces trucs qui poussent sur nos têtes ne devraient pas être source de conflit. J’ai l’impression que beaucoup de femmes aux cheveux naturels me regardent de haut parce que j’ai les cheveux défrisés. Mais nos cheveux ne devraient pas donner lieu à un tel affrontement.

Photo d'une femme noire aux cheveux lisses et d'une autre aux cheveux naturels
« Je ne me sens pas obligée de couper mes cheveux défrisés pour montrer à qui que ce soit que je suis incontestablement noire »

Ils ne sont pas le signe d’une appartenance à la « Confrérie des soeurs aux cheveux crépus qui en jettent ». Arrêter le défrisage, faire moins de brushing, c’est une expérience, et pour certaines femmes, c’est aussi se débarrasser d’une convention sociale qui pèse sur elles depuis leur plus jeune âge. Cela demande sûrement le soutien des femmes qui sont déjà passées par là. Mais j’ai l’impression que tout ce mouvement est séparatiste et contre-productif. Bientôt naîtront le « gang des femmes aux afros courtes » et un « ordre des porteuses de perruques ».

« Mon identité de femme noire, consciente, se trouve dans ma tête, et non sur ma tête. »

Je suis heureuse de voir autant de belles femmes noires enlever foulards et bigoudis et exercer leur créativité sur la somptueuse chevelure avec laquelle elles sont nées. J’ai fait des locks à ma fille de 12 ans alors qu’elle était encore à l’école élémentaire. Depuis, toutes les femmes de mon entourage, y compris ma mère et ma soeur (à l’exception d’une personne) sont revenues à leurs cheveux tels qu’ils étaient avant : avant de connaître les fameuses retouches de la sixième ou huitième semaine, avant de se dire qui valait mieux ne pas se gratter le cuir chevelu pour ne pas sentir les brûlures.

Photo de poupée tenant une perruqe
« Arrêter le défrisage, faire moins de brushing, c’est une expérience. »

Pourtant, en dehors ce cercle proche, je me suis disputée plus d’une fois avec des femmes qui semblaient penser que ma fierté d’être noire était moindre, simplement parce que j’avais décidé de me lisser les cheveux. Je ne me sens pas obligée de couper mes cheveux défrisés pour montrer à qui que ce soit que je suis incontestablement noire. A vrai dire, que ce soit chez les porteuses de locks et d’afros ou chez les porteuses de perruques blondes à la Lil’ Kim, je vois autant de personnes lutter pour s’affirmer. Notre esprit peut être conditionné de façons diverses et variées, et cela ne se voit pas à la façon dont on se coiffe.

« Se faire défriser ne signifiait pas atteindre la perfection du cheveu européen. C’était juste le signe que nous étions maintenant assez grandes pour nous asseoir sur le grand siège chez le coiffeur. »

Je me rappelle parfaitement de tous les commentaires qu’a suscités mon premier défrisage, à 16 ans. Quand j’étais plus jeune, pour les grandes occasions, ma grand-mère nous mettait en rang, moi et mes cousines, puis nous pomponnait avec une brosse dure et du Blue Magic. Il fallait parfois passer par le fer à chaud, et d’autres fois non (Dieu merci). Cela étant, on se retrouvait toutes avec plus ou moins la même coiffure : notre chevelure était divisée en deux, une partie dans une queue de cheval, l’autre dans une grosse mèche fermement attachée, retombant en plein milieu de notre front comme un parfait serpentin. On pouvait jouer à la marelle, faire du double dutch, jouer à cache-cache, cette mèche ne bougeait pas, ne se relâchait pas et résistait même au vent.

Pour nous, se faire défriser ne signifiait pas atteindre la perfection du cheveu européen. C’était juste le signe que nous étions maintenant assez grandes pour nous asseoir sur le grand siège chez le coiffeur, arrêter de faire des tresses, de mettre des barrettes et de porter des franges d’un style dépassé, pour enfin faire sensation avec une coiffure vraiment tendance.

Photo de produit défrisant
« Se défriser, c’était juste le signe que nous étions maintenant assez grandes pour nous asseoir sur le grand siège chez le coiffeur. »

Ce sont peut-être ces souvenirs qui font qu’aujourd’hui, je ne suis pas contre le défrisage. Je comprends bien que l’esprit des hommes aussi bien que celui des femmes a été conditionné dans une logique d »auto-dépréciation, pour qu’on pense que nos cheveux ne sont « bien » que lorsqu’ils sont raides. Et je pourrais hurler à chaque fois que j’entends quelqu’un (encore aujourd’hui, en 2011) sous-entendre ou dire clairement que les « beaux cheveux » sont uniquement ceux qui vous arrivent dans le bas du dos et qui volent au vent en suivant les mouvements de notre tête.

Cela dit, il est tout aussi démoralisant de voir l’air dégoûté qu’arborent certaines personnes qui me considèrent comme une traîtresse tout ça parce que j’aime enrouler mes cheveux en doobie. Du moins, pour l’instant. Si j’arrête de me défriser les cheveux (et je pense que cela se fera sûrement un jour), je ferais quelque chose de différent, et laisserait mes cheveux faire une pause pour récupérer des traitements chimiques (et ce ne sera pas une question de quête de mon identité). Mon identité de femme noire, consciente, se trouve dans ma tête, et non sur ma tête. Après tout ce ne sont que des cheveux. Et bien que je sois contente de mes cheveux, ils ne définissent pas qui je suis.

Trois femmes noires avec des coupes bien différentes
Comme on dit : chacun fait ce qui lui plait !

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Author Réana K.

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